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Microchimérisme : qu’est-ce que ces Cellules Étrangères en Nous ?

Microchimérisme : qu’est-ce que ces Cellules Étrangères en Nous ?

Vous pensez que votre corps ne contient que votre propre ADN ? Pas de panique, c’est ce que tout le monde croit.

Ce guide vous explique ce qu’est le microchimérisme, un phénomène qui montre que nous abritons tous des cellules venues d’autres personnes.

Qu’est-ce que le microchimérisme ? La définition d’un corps pluriel

Le microchimérisme, c’est la présence dans votre corps d’un petit nombre de cellules qui ne vous appartiennent pas. Elles viennent d’un autre individu et portent donc un ADN génétiquement différent du vôtre. On ne parle pas de millions de cellules, mais plutôt d’une cellule étrangère sur quelques centaines de milliers, voire quelques millions.

Le terme vient de la « Chimère », une créature de la mythologie grecque avec des parties de plusieurs animaux. L’idée est la même : notre corps est un mélange. Ce phénomène remet en cause une idée simple : celle que notre organisme est « pur » et ne contient qu’un seul et unique ADN. On a longtemps cru que notre système immunitaire détruisait systématiquement toute cellule étrangère. Le microchimérisme prouve que la réalité est bien plus complexe.

D’où viennent ces cellules ? Les 4 grandes sources du microchimérisme

Ces cellules étrangères ne sortent pas de nulle part. Elles arrivent dans notre corps à des moments bien précis de la vie. La grossesse est la source principale, mais ce n’est pas la seule.

L’échange mère-enfant : la voie principale via le placenta

La source la plus courante de microchimérisme est la grossesse. Pendant des années, on a vu le placenta comme une barrière parfaite entre la mère et le fœtus. En réalité, il est plus comme une passoire : il laisse passer des choses dans les deux sens.

Le transfert est donc bidirectionnel :

  • Des cellules du fœtus passent chez la mère (microchimérisme fœtal).
  • Des cellules de la mère passent chez l’enfant (microchimérisme maternel).

Le plus surprenant, c’est la durée de vie de ces cellules. Des études ont montré que les cellules fœtales peuvent survivre plus de 30 ans dans le corps de la mère. Elles s’installent un peu partout : dans la moelle osseuse, la peau, le cœur et même le cerveau. On estime que 50 à 75 % des femmes hébergent des cellules de leurs enfants bien après l’accouchement. Ce phénomène est encore plus marqué après une fausse couche ou un avortement, car les échanges de cellules peuvent être plus importants à ce moment.

Une histoire de famille : la transmission transgénérationnelle et fraternelle

Le microchimérisme va plus loin qu’un simple échange entre une mère et son enfant. Il peut traverser les générations. C’est l’un des aspects les plus étonnants du phénomène.

Imaginez ceci : votre grand-mère maternelle a transmis des cellules à votre mère pendant sa grossesse. Votre mère, à son tour, vous a transmis certaines de ces mêmes cellules de votre grand-mère pendant qu’elle vous portait. Une étude de 2021 menée par Nathalie Lambert à l’INSERM a confirmé que des nouveau-nés portent des cellules de leur grand-mère. On peut donc être une « chimère » de trois générations.

Le saviez-vous ? Vous pouvez aussi porter les cellules de vos frères et sœurs aînés. Les cellules d’un premier enfant restent dans le corps de la mère et peuvent être transmises aux enfants suivants lors de grossesses futures.

Le cas particulier des jumeaux

Chez les jumeaux, les échanges de cellules sont très fréquents pendant la grossesse. Ils partagent le même environnement et les connexions sanguines entre leurs placentas peuvent faciliter le passage de cellules de l’un à l’autre. C’est ce qu’on appelle le microchimérisme gémellaire.

Il existe aussi des cas plus étranges, comme celui du « jumeau évanescent ». Parfois, une grossesse commence avec deux embryons, mais l’un des deux ne survit pas et disparaît très tôt. Le jumeau survivant peut alors absorber certaines cellules de son jumeau disparu. Une personne peut donc porter toute sa vie les cellules d’un frère ou d’une sœur qu’elle n’a jamais connu.

Cela peut même mener à des situations encore plus complexes, comme la « tante fantôme ». C’est quand une mère transmet à son enfant non seulement ses propres cellules, mais aussi celles de sa propre jumelle évanescente. L’enfant porte alors les cellules de sa mère et de sa « tante fantôme ».

Les autres sources : transfusions et greffes

La grossesse n’est pas la seule porte d’entrée. D’autres événements médicaux peuvent créer un microchimérisme.

  • Les transfusions sanguines : Recevoir du sang, c’est recevoir les cellules d’un donneur. En général, ces cellules sont éliminées rapidement. Mais chez des patients avec un système immunitaire affaibli, certaines de ces cellules peuvent survivre et s’installer durablement.
  • Les greffes d’organes : C’est le cas le plus évident. Quand on reçoit un organe, on reçoit des milliards de cellules du donneur. Même si le but est que l’organe fonctionne, il est inévitable que quelques cellules migrent et créent un microchimérisme permanent.

Amies ou ennemies ? Le double rôle des cellules microchimériques

La grande question qui passionne les chercheurs est de savoir ce que font ces cellules étrangères dans notre corps. Sont-elles bénéfiques, dangereuses, ou simplement neutres ? La réponse semble être : un peu des trois. Elles jouent un double rôle, parfois protecteur, parfois suspecté d’être lié à des maladies.

Le microchimérisme comme un allié : réparation et protection

De plus en plus d’études montrent que ces cellules ne sont pas juste des passagères clandestines. Elles peuvent agir activement pour nous aider. L’une de leurs fonctions les plus prometteuses est la réparation des tissus.

Quand une partie du corps de la mère est blessée, les cellules fœtales présentes dans son organisme semblent migrer vers la zone abîmée. Elles se comportent un peu comme des cellules souches. Elles peuvent aider à la cicatrisation de plusieurs manières :

  • Elles se déplacent vers les lésions de la peau ou du cerveau.
  • Elles sécrètent des molécules qui favorisent la guérison.
  • Elles participent à la création de nouveaux vaisseaux sanguins, un processus clé pour la cicatrisation (néoangiogenèse).

Certaines études suggèrent même des effets protecteurs contre des maladies graves. Par exemple, une étude a montré une corrélation inverse pour la maladie d’Alzheimer : les femmes ayant le plus de cellules fœtales dans leur cerveau semblaient avoir moins de risques de développer la maladie. Dans le cas de la néphrite lupique, une complication rénale du lupus, la présence de cellules fœtales mâles a été associée à un meilleur fonctionnement des reins.

Une hypothèse fascinante est que ces cellules pourraient influencer le comportement maternel. En s’installant dans le cerveau ou les glandes mammaires, les cellules du fœtus pourraient favoriser la lactation et renforcer le lien maternel. C’est une façon pour l’enfant d’assurer sa propre survie.

Le microchimérisme comme un suspect : le lien avec les maladies auto-immunes

L’autre facette est moins positive. Comme ces cellules sont étrangères, elles peuvent parfois créer des conflits avec notre système immunitaire. L’hypothèse de départ était celle d’une sorte de réaction du « greffon contre l’hôte », où les cellules étrangères attaquent l’organisme qui les accueille.

Ce lien est surtout étudié dans le cadre des maladies auto-immunes, où le système immunitaire attaque ses propres tissus. La présence de cellules microchimériques a été observée dans de nombreuses pathologies de ce type, sans qu’on sache encore si elles sont la cause, une conséquence, ou un simple témoin. Les maladies concernées sont :

  • La sclérodermie systémique
  • La polyarthrite rhumatoïde
  • Le lupus érythémateux disséminé
  • Le syndrome de Sjögren
  • Les maladies thyroïdiennes auto-immunes (thyroïdite de Hashimoto, maladie de Graves)
  • Le lichen plan

Il faut être prudent : une corrélation ne veut pas dire une causalité. Les chercheurs comparent souvent ces cellules à des pompiers sur le lieu d’un incendie. Ce n’est pas parce qu’on les trouve sur place qu’elles ont allumé le feu. Elles pourraient au contraire être venues pour essayer de réparer les dégâts causés par la maladie. Un lien a aussi été fait avec la maladie de Parkinson, corrélée à une plus forte présence de microchimères dans le cerveau.

Le cas ambigu du cancer du sein

Le rôle du microchimérisme dans le cancer du sein est un vrai casse-tête pour la science. Des cellules fœtales sont souvent retrouvées dans les tissus des tumeurs mammaires. Mais que font-elles là ?

Deux hypothèses s’opposent. La première est que ces cellules jouent un rôle protecteur. Attirées par la tumeur, elles essaieraient de la combattre ou de réparer les tissus. La seconde est qu’elles pourraient, au contraire, favoriser la croissance de la tumeur en créant un environnement inflammatoire ou en stimulant la formation de vaisseaux sanguins qui nourrissent le cancer. Pour l’instant, le mystère reste entier.

Les secrets de notre tolérance : la science derrière le phénomène

Comment notre corps, si doué pour rejeter ce qui est étranger, peut-il tolérer ces cellules pendant des décennies ? C’est l’un des plus grands mystères du microchimérisme, et la réponse se trouve dans la complexité de notre système immunitaire, en particulier pendant la grossesse.

Les premières observations du phénomène sont anciennes. À la fin des années 1800, le pathologiste Georg Schmorl avait déjà trouvé des cellules fœtales dans les poumons de femmes décédées de complications de la grossesse. Mais c’est en 1993 que Diana Bianchi a prouvé qu’on pouvait trouver des cellules avec des chromosomes Y chez des femmes ayant eu des fils jusqu’à 27 ans plus tôt. Plus tard, en 2012, une étude a détecté ces mêmes cellules mâles dans plusieurs zones du cerveau de femmes décédées.

Le corps développe des mécanismes de tolérance spécifiques. Le thymus, un organe situé derrière le sternum, est souvent décrit comme « l’école de la tolérance ». C’est là que nos cellules immunitaires apprennent à ne pas attaquer notre propre corps. Pendant la grossesse, il semble que les cellules fœtales se dirigent vers le thymus maternel pour « éduquer » le système immunitaire de la mère à les accepter. Ce processus est soutenu par une augmentation des lymphocytes T régulateurs (Tregs), des cellules qui calment les réactions immunitaires.

La tolérance fonctionne aussi dans l’autre sens. Le fœtus apprend à tolérer les cellules de sa mère, notamment les antigènes qu’il n’a pas hérités de son père. On parle de tolérance aux « antigènes maternels non hérités » (NIMA). L’allaitement jouerait un rôle clé pour maintenir cette tolérance après la naissance.

Une révolution scientifique en marche

Le microchimérisme change notre vision de l’individu. L’idée d’un corps pur, avec un seul ADN, est dépassée. Nous sommes tous, à des degrés divers, des « chimères », des mosaïques de cellules d’origines différentes. C’est une réalité biologique complexe et fascinante.

Ces cellules étrangères ne sont pas inertes. Elles peuvent agir comme des agents de réparation discrets, protégeant nos tissus, mais elles sont aussi suspectées d’être impliquées dans certaines maladies auto-immunes. Comprendre leur double jeu est l’un des grands défis de la médecine de demain. Les recherches sur ce sujet pourraient ouvrir la voie à de nouvelles thérapies cellulaires et à une meilleure compréhension de la médecine régénérative.

Valentin

Valentin

Thérapeute passionné, spécialisé en bien-être mental et développement personnel pour votre épanouissement.